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Quand l’équipe se transforme en brigade : création collaborative d’un site de formation interne

2023-06-19Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Une université interne devient plus juste quand elle n’est pas conçue par une seule personne, mais nourrie par celles et ceux qui connaissent vraiment le travail à transmettre.

Quand l’équipe se transforme en brigade : création collaborative d’un site de formation interne

Le réflexe le plus tentant : tout faire seul

Quand une organisation décide de créer un site ou une université interne de formation, elle confie souvent le sujet à une ou deux personnes. C’est logique : il faut avancer, cadrer, produire, donner une forme au projet. Le problème, c’est que ce modèle atteint vite sa limite.

Une personne peut très bien structurer un dispositif. Elle ne peut pas, seule, porter toute la richesse du travail réel.

Dès qu’il s’agit de transmettre des gestes, des nuances de posture, des arbitrages métier ou des cas complexes, il faut aller chercher plus large.

Le contenu le plus utile est rarement centralisé

Dans beaucoup d’équipes, les savoirs les plus précieux circulent encore de manière informelle. Ils se transmettent dans une correction rapide, une phrase glissée entre deux rendez-vous, une relecture, une démonstration, un “fais attention ici”.

Le paradoxe, c’est que ce contenu existe déjà, mais il reste peu visible. Il dépend des personnes présentes, du temps disponible, de la qualité du tutorat spontané.

Construire un site de formation interne à plusieurs permet justement de capter cette matière avant qu’elle ne se perde ou qu’elle reste réservée à quelques-uns.

Ce qu’on gagne à impliquer l’équipe

Faire contribuer les équipes n’a pas seulement un intérêt pratique. Cela change aussi la qualité de ce qui est produit.

On gagne :

  • des exemples plus crédibles ;
  • des formulations plus proches du terrain ;
  • des cas d’usage réellement rencontrés ;
  • une meilleure hiérarchisation de ce qui compte ;
  • une appropriation plus forte du dispositif.

Autrement dit, le projet cesse d’être “le site de formation imaginé par quelqu’un”. Il devient progressivement un outil de travail partagé.

Tous les experts ne savent pas transmettre

Il faut quand même éviter une autre illusion : demander aux experts suffit rarement à produire du bon contenu.

Quelqu’un peut être excellent dans son métier et très peu outillé pour l’expliquer. Ou bien expliquer trop vite. Ou bien oublier tout ce qui lui semble évident. Ou bien produire un contenu trop dense, trop technique, trop peu progressif.

C’est pour ça qu’un projet collaboratif a besoin d’un vrai travail d’édition :

  • faire préciser ;
  • faire découper ;
  • faire simplifier ;
  • relier une idée à une situation ;
  • transformer une expertise en contenu transmissible.

La collaboration n’enlève pas le besoin de cadrage. Elle le rend encore plus important.

Le bon rôle du pilote

Dans ce type de projet, le pilote ne devrait pas être la personne qui “sait tout”. Il devrait être celle qui aide à faire sortir les bons savoirs, à les organiser, à leur donner une cohérence.

Son travail consiste souvent à tenir quatre fils en même temps :

  • ce qui mérite vraiment d’être transmis ;
  • la forme la plus juste pour le transmettre ;
  • l’ordre dans lequel cela devient apprenable ;
  • le niveau d’exigence compatible avec le quotidien des équipes.

Ce n’est pas un rôle d’auteur unique. C’est un rôle de composition.

Une contribution n’est utile que si elle reste exploitable

L’autre piège des projets collaboratifs, c’est l’accumulation brute. Quand chacun envoie ses idées, ses documents, ses méthodes, ses notes, on produit vite une masse impressionnante mais difficile à utiliser.

La question n’est donc pas seulement “comment faire participer tout le monde ?”. La vraie question est : comment faire en sorte que cette participation produise quelque chose de plus lisible, et non de plus confus ?

Cela suppose quelques choix simples :

  • des formats limités ;
  • un niveau de détail maîtrisé ;
  • des critères communs ;
  • un principe d’édition clair ;
  • des allers-retours réguliers avec le terrain.

La collaboration crée aussi de la culture

Quand une équipe participe à la construction d’un dispositif de formation, elle ne produit pas seulement du contenu. Elle clarifie aussi ce qu’elle considère comme important, ce qu’elle veut transmettre, ce qu’elle juge acceptable ou non dans la pratique.

Le projet devient alors un travail de culture autant qu’un travail de formation.

Il aide à rendre explicite une partie de l’identité professionnelle collective. Et c’est souvent là sa valeur la plus durable.

Ce qu’il faut viser

Une bonne université interne n’a pas besoin que tout le monde écrive tout. Elle a besoin que les bonnes personnes contribuent au bon endroit, avec un cadre assez solide pour transformer leurs savoirs en ressources réellement utilisables.

Quand cela fonctionne, le résultat est plus qu’un site. C’est une mémoire de travail rendue partageable.

Dans tes projets de transmission, est-ce que tu demandes surtout aux équipes de valider un dispositif déjà pensé, ou est-ce que tu leur donnes vraiment une place dans ce qui mérite d’être transmis ?

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