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Épouser le style de management : l’essence d’une formation efficace

2023-06-26Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Une formation ne tombe jamais dans le vide. Elle arrive dans une culture managériale précise, avec ses codes, ses marges de manœuvre et ses contradictions. Ne pas la lire, c’est rater une partie du sujet.

Épouser le style de management : l’essence d’une formation efficace

Une même formation peut très bien réussir ici… et échouer ailleurs

Le contenu n’a pas changé. Le formateur non plus. Les outils sont les mêmes. Et pourtant, dans une organisation, la formation prend. Dans l’autre, elle glisse à la surface.

Ce type d’écart est fréquent. Il rappelle une chose simple : une formation n’arrive jamais dans un espace neutre. Elle arrive dans un environnement déjà structuré par des habitudes de décision, des rapports d’autorité, des niveaux d’autonomie, des manières de parler et de coordonner le travail.

Autrement dit : elle arrive dans un style de management, même quand personne ne le nomme ainsi.

On ne forme jamais hors contexte

Beaucoup de dispositifs sont encore conçus comme si la qualité pédagogique suffisait à elle seule. C’est une erreur coûteuse.

Une formation peut être très bien pensée sur le papier et se heurter immédiatement à la culture réelle de l’organisation :

  • trop descendante pour un collectif habitué à discuter ;
  • trop ouverte pour un cadre très prescriptif ;
  • trop réflexive dans un environnement obsédé par l’exécution ;
  • trop théorique dans une culture très opérationnelle.

Le problème n’est pas seulement la qualité du contenu. C’est l’ajustement entre ce contenu, sa forme et le système dans lequel il doit vivre.

Le style de management agit sur la façon d’apprendre

On parle souvent des styles de management pour décrire des manières de diriger. Mais ils influencent aussi la disponibilité des équipes à apprendre.

Dans un contexte très autoritaire, les participants peuvent attendre des consignes nettes, des réponses claires, peu d’ambiguïté. Une pédagogie trop exploratoire peut y être vécue comme floue ou peu utile.

Dans un contexte plus participatif, au contraire, une formation trop descendante peut être perçue comme infantilisante ou pauvre.

Dans une culture de forte autonomie, ce qui compte sera souvent la capacité à laisser de la marge tout en proposant une structure utile. Dans une culture très pilotée, l’enjeu sera parfois d’ouvrir un peu d’espace sans fragiliser le cadre attendu.

Il ne s’agit pas de flatter la culture existante. Il s’agit d’abord de la lire correctement.

Adapter ne veut pas dire se soumettre

Il faut poser une nuance importante. Lire un style de management ne signifie pas reproduire sans recul ce qu’il a de plus rigide ou de plus pauvre.

S’adapter, ce n’est pas céder. C’est choisir le bon point d’entrée.

Parfois, la formation doit accompagner le système tel qu’il est. Parfois, elle peut aussi l’ouvrir légèrement, en introduisant d’autres façons de faire, d’autres rythmes, d’autres formes de questionnement.

Mais ce déplacement ne peut se faire qu’à partir d’un diagnostic honnête. Sinon, on confond ambition pédagogique et déni du réel.

Ce qu’un formateur doit repérer vite

Avant même de construire une séquence, quelques questions valent beaucoup :

  • comment les décisions se prennent-elles ici ?
  • qu’est-ce qui est valorisé : l’initiative, la conformité, la vitesse, la coopération ?
  • quel rapport à l’erreur observe-t-on ?
  • qu’est-ce qu’un manager a réellement le droit de faire ?
  • qu’est-ce qu’une équipe peut discuter sans se mettre en risque ?

Ces questions aident à comprendre non seulement le management, mais aussi les conditions d’apprentissage disponibles.

Une bonne formation sait où elle atterrit

Les formations les plus justes ne sont pas celles qui répètent un modèle unique. Ce sont celles qui savent lire le terrain avant de dérouler leur méthode.

Elles comprennent que :

  • le même outil ne produit pas les mêmes effets partout ;
  • la même consigne n’est pas entendue de la même manière selon les cultures ;
  • la même activité peut libérer ici et bloquer ailleurs ;
  • le même niveau d’autonomie peut être stimulant pour certains, insécurisant pour d’autres.

Cette lecture n’affaiblit pas la pédagogie. Elle la rend plus précise.

Ce qui fait vraiment la différence

Au fond, il ne s’agit pas de connaître une liste théorique de styles de management comme on apprend un glossaire. Il s’agit de comprendre ce que ces styles changent concrètement dans la manière dont les personnes osent parler, essaient, se trompent, arbitrent, demandent de l’aide ou se taisent.

Une formation efficace ne s’ajuste pas seulement au niveau des compétences. Elle s’ajuste aussi au régime relationnel dans lequel ces compétences devront s’exercer.

Et c’est peut-être là le travail le plus fin du formateur : ne pas seulement transmettre un contenu, mais lire l’écosystème qui décidera si ce contenu pourra réellement prendre.

Quand tu construis une formation, est-ce que tu regardes seulement le thème à traiter… ou aussi la culture managériale dans laquelle ce thème devra vivre ?

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