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Le digital learning au service de la formation moderne

2023-08-10Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Le digital learning ne devient pas utile parce qu’il est numérique. Il le devient quand il rend l’apprentissage plus accessible, plus suivi et mieux articulé au travail réel.

Le digital learning au service de la formation moderne

« Le LMS est plein. Pourtant personne n’y retourne. »

Cette scène est devenue classique.

Les contenus existent. Les accès ont été créés. Les statistiques de connexion sont correctes au lancement. Et pourtant, quelques semaines plus tard, beaucoup de plateformes de formation ressemblent à des bibliothèques peu visitées : bien rangées, bien remplies, mais faiblement habitées.

Le digital learning commence précisément là où cette contradiction devient visible.

Le numérique ne crée pas la valeur à lui seul

On parle souvent du digital learning comme d’une évolution évidente de la formation. C’est vrai sur un point : le numérique a ouvert des possibilités massives d’accès, de diffusion, de personnalisation et de suivi.

Mais aucune de ces possibilités ne vaut automatiquement usage.

Une ressource en ligne reste inutile si :

  • elle n’arrive pas au bon moment ;
  • elle demande trop d’effort pour trop peu d’effet ;
  • elle n’est reliée à aucun enjeu concret ;
  • elle n’est jamais reprise par le management ;
  • elle s’ajoute au travail sans l’aider.

Le digital learning n’est pas d’abord une affaire de technologie. C’est une affaire de conception.

Ce qu’il fait vraiment gagner quand il est bien pensé

Bien construit, il offre plusieurs avantages très réels :

  • l’accès souple, au bon moment ;
  • la possibilité de revenir sur un contenu ;
  • des parcours différenciés selon les besoins ;
  • une mise à l’échelle plus simple ;
  • une meilleure lisibilité des usages.

Dans des organisations multi-sites, mouvantes, avec des temporalités variées, c’est un atout considérable.

Mais cet atout n’apparaît que si le contenu est pensé comme un point d’appui, pas comme un stock.

Le piège classique : numériser sans éditorialiser

Beaucoup de dispositifs échouent parce qu’ils transposent en ligne des contenus qui n’étaient déjà pas très solides hors ligne.

On met des PDF sur une plateforme. On ajoute quelques vidéos. On produit des quiz de vérification. Et l’on espère que la seule accessibilité numérique suffira à créer de l’engagement.

En réalité, le numérique rend simplement plus visible la faiblesse éditoriale quand elle existe déjà.

Ce qu’une approche sérieuse doit travailler

Si l’on veut que le digital learning serve vraiment la formation, il faut travailler plusieurs dimensions en même temps :

  • la clarté du besoin ;
  • le bon format pour le bon usage ;
  • le niveau d’effort demandé ;
  • l’articulation entre autonomie et accompagnement ;
  • la manière dont le dispositif sera repris dans le travail.

Le numérique devient utile quand il réduit une friction. Il devient décoratif quand il ajoute une couche.

Le rôle du formateur change, mais ne disparaît pas

Contrairement à une idée tenace, digitaliser ne supprime pas le besoin de pédagogie humaine. Cela le déplace.

Le formateur devient davantage architecte de parcours, concepteur d’expériences, lecteur des usages, et parfois curateur de contenus.

Il doit se demander :

  • ce qui doit être vu seul ;
  • ce qui doit être discuté ;
  • ce qui doit être pratiqué ;
  • ce qui doit être suivi dans le temps ;
  • ce qui mérite une présence synchrone plutôt qu’un accès libre.

Cette articulation vaut bien plus qu’une opposition stérile entre présentiel et distanciel.

Comment juger si le dispositif tient

Une démarche de digital learning crédible se repère moins au volume de contenus publiés qu’à quelques signes simples :

  • les personnes reviennent réellement vers les ressources ;
  • les managers les mobilisent dans des situations précises ;
  • les parcours sont complétés parce qu’ils sont utiles, pas parce qu’ils sont obligatoires ;
  • les données de suivi servent à améliorer le dispositif ;
  • le numérique facilite une action ou une décision concrète.

Là, le digital devient un levier. Pas avant.

La vraie ligne de partage

Le sujet n’est donc pas de savoir si la formation doit devenir digitale. Cette bascule a déjà eu lieu.

La vraie question est plus exigeante : le numérique aide-t-il ici à apprendre mieux, plus vite, plus justement… ou sert-il surtout à rendre plus moderne une offre qui n’a pas encore trouvé son utilité ?

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