Carnet d’expérience
Retour aux articles

Carnet de formation IA · 2026-08-11

Je relisais mes fiches et je ne retenais rien

Je mettais ça sur le compte de la densité du contenu. Le problème était ailleurs, et c'est en cherchant une structure commune que je l'ai vu.

Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience
Je relisais mes fiches et je ne retenais rien

Ce que je croyais

Je croyais que réviser, c'était relire. Assez de fois, assez attentivement, et ça finit par rentrer.

Et quand ça ne rentrait pas, j'avais une explication toute prête : le contenu est dense. Six modules en quelques semaines, du vocabulaire technique partout, des architectures qui se ressemblent. Normal de ramer.

Cette explication était confortable parce qu'elle ne me demandait rien. Le problème venait du cours, pas de ma méthode.

Quatre mots utiles pour la suite

  • Reconnaissance — la sensation de déjà-vu qu'on éprouve devant un texte relu. Elle est agréable et elle ne prouve rien.
  • Rappel — la capacité à ressortir une information sans l'avoir sous les yeux. C'est ce qu'on vous demande en examen, et c'est une autre opération mentale.
  • Effet de test — le fait, bien documenté, qu'essayer de se souvenir fixe mieux que relire. L'effort de récupération est ce qui consolide.
  • Gabarit — une structure imposée à l'avance, identique d'un document à l'autre.

Ce qui m'a fait buter

Un soir, j'ai posé les six fiches côte à côte sur la table, imprimées, avec l'idée de faire une révision d'ensemble.

Elles ne se ressemblaient pas. L'une ouvrait sur des repères historiques, une autre sur un tableau comparatif, une troisième sur une définition. Certaines finissaient par une méthodologie, d'autres par un cas d'usage, une s'arrêtait net après la dernière notion.

J'ai réalisé ce que je faisais à chaque relecture sans m'en rendre compte : avant de comprendre ce que la fiche disait, je devais comprendre comment elle était faite. Où sont les pièges, dans celle-ci ? En bas ? Au milieu ? Il fallait parcourir.

C'est un coût invisible, et il se paie à chaque passage.

Le deuxième constat était plus dur à avaler. En me testant sur une fiche que j'avais relue quatre fois, j'ai été incapable de citer les trois phases d'un système RAG. Je les reconnaissais parfaitement en les voyant. Je ne pouvais pas les produire.

Reconnaissance contre rappel. J'avais confondu les deux pendant six semaines.

Comment j'ai cherché

Plutôt que de chercher une meilleure façon de relire, j'ai changé de question : et si le problème était la forme des fiches, pas leur contenu ?

J'ai listé ce que je cherchais à chaque fois que j'ouvrais une fiche. Toujours la même chose, dans le même ordre : de quoi ça parle, qu'est-ce qu'il ne faut pas confondre, quel est le tableau qui résume, comment ça marche en détail, à quoi ça sert concrètement, qu'est-ce qui rate.

Ça m'a donné le gabarit. Sept blocs, identiques dans toutes les fiches :

  1. Idée directrice — la confusion précise que la fiche sert à éviter
  2. L'essentiel en une phrase — ce que je dois pouvoir dire si on me réveille la nuit
  3. Tableau de repères — la grille comparative, une par fiche, jamais plus
  4. Détail — les mécanismes, en étapes numérotées
  5. Cas d'usage — l'exemple concret, sectoriel
  6. Méthode et pièges — ce qu'on fait, dans l'ordre, et ce qui rate
  7. Auto-évaluation — cinq à huit questions, réponses masquées

Le bloc 1 a plus changé les choses que tous les autres. Formuler une fiche comme « ne pas confondre X et Y » plutôt que « voici ce qu'est X » donne un angle immédiat. Sur les architectures de deep learning, ça devient : ne pas confondre la manière d'analyser la donnée, le mécanisme d'extraction, et l'application métier visée. Trois axes — et d'un coup, le tableau comparatif que je regardais sans le voir prend un sens.

Le bloc 7 est celui que j'ai repoussé le plus longtemps, avec la meilleure des mauvaises raisons : il n'apporte rien de nouveau au contenu. C'est celui qui rapporte le plus. Écrire les questions oblige à décider ce qui est réellement évaluable, et à la relecture suivante on se teste au lieu de se rassurer.

Ce que ça a changé

Trois choses, dont deux que je n'attendais pas.

Reformuler bat relire. Ce n'est pas une découverte, c'est documenté depuis longtemps. Mais l'éprouver sur un contenu qu'on doit vraiment retenir déplace le rapport à la méthode : je ne relis plus une fiche, je réponds d'abord à ses questions, et je ne rouvre que ce que j'ai raté.

La structure fait apparaître les trous. C'est l'effet auquel je ne m'attendais pas du tout. Tant que chaque fiche a sa forme propre, une section absente ressemble à un choix éditorial. Dès que toutes suivent le même gabarit, une case vide saute aux yeux. C'est comme ça que j'ai vu que ma fiche sur le Lean Canvas ne listait jamais les blocs du Lean Canvas — il fallait bien remplir le bloc « détail », et il n'y avait rien à y mettre.

Depuis, je considère mes cases vides comme le meilleur indicateur dont je dispose. Quand je n'arrive à remplir « point de vigilance » qu'en recopiant les mots du cours, c'est que je n'ai pas compris l'étape. C'est exactement ce qui m'est arrivé sur le RAG, et c'est le sujet de l'épisode précédent.

Séparer ce qui vient du cours de ce que j'ajoute. Toute la matière que je rapporte d'ailleurs — recherches, lectures, échanges — est signalée comme telle dans mes fiches. Pour l'examen d'abord : je dois savoir ce que le formateur attend, pas ce que j'ai trouvé intéressant. Et pour une raison que je n'avais pas prévue : ce sont ces ajouts, une fois isolés, qui deviennent les articles de ce carnet.

Ce que ça m'a coûté

Une demi-journée pour cinq fiches, une fois le gabarit décidé. Le gabarit lui-même m'a pris plus de temps que son application.

Est-ce que ça valait mieux que relire six fois ? Sur la mémorisation, très probablement. Sur la compréhension, sans hésitation : je n'aurais jamais vu les manques autrement, et ce sont eux qui m'ont appris quelque chose.

Rattachement au référentiel

Cet épisode ne relève pas d'un sous-bloc technique en particulier. Il touche à une compétence transverse du bloc 2 du titre RNCP40875 : structurer une information hétérogène, produire un document exploitable, et repérer ce qu'un dossier ne dit pas. Cette dernière capacité est exactement celle que la formation revendique dans ses consignes — un énoncé volontairement incomplet, qu'on apprend à compléter. Mettre à plat un existant hétérogène compte ici autant que la connaissance technique.


Prochain épisode : le mot que je lisais dix fois par fiche sans jamais buter dessus.

Passer de la réflexion à la situation réelle

Ce sujet ressemble à quelque chose que vous vivez ?

Vous pouvez me décrire le contexte, ce qui résiste et ce qui devrait devenir plus clair. Nous verrons simplement si mon approche peut être utile.

Voir comment je peux aider
LinkedInX

Les commentaires sont hébergés par Giscus et GitHub. Ils ne sont chargés qu’à votre demande.