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Parler en public, c’est un numéro de cirque

2023-05-08Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Parler devant un groupe ressemble souvent à un numéro de cirque : le corps entre en scène avant les idées, et la vraie compétence consiste à rester présent quand tout vacille.

Parler en public, c’est un numéro de cirque

« Je vais être ridicule. »

La phrase est prononcée juste avant de se lever. Elle ne parle pas de contenu. Elle parle de corps, de regard des autres, de voix qui risque de trembler. Dans un atelier de prise de parole, c’est souvent là que tout commence vraiment.

Une participante tient ses notes comme si elles pouvaient la protéger. Un autre plaisante trop pour masquer sa peur. Un troisième répète qu’il “n’est pas fait pour ça”. En quelques secondes, on comprend une chose : parler en public n’est jamais seulement une affaire d’idées. C’est une affaire d’exposition.

C’est pour cela que j’ai souvent pensé que la prise de parole ressemblait plus à un numéro de cirque qu’à une démonstration académique.

Pourquoi le cirque est une bonne image

Au cirque, on ne regarde pas seulement quelqu’un faire un geste. On regarde quelqu’un tenir sous le regard de tous.

La prise de parole fonctionne pareil.

Le problème n’est pas simplement de savoir quoi dire. Le problème est de rester présent pendant que :

  • le corps s’emballe,
  • la mémoire se brouille,
  • le silence dure une seconde de trop,
  • une phrase sort moins bien que prévu,
  • et le regard du groupe devient soudain très visible.

Autrement dit, l’orateur ne doit pas seulement transmettre un message. Il doit tenir son équilibre en public.

Le vrai stress n’est pas technique

Beaucoup de formations abordent encore la prise de parole comme un problème de structure : une introduction, trois arguments, une conclusion, une respiration, un regard, une gestuelle.

Tout cela compte, bien sûr. Mais ce n’est pas ce qui bloque en premier.

Ce qui bloque, la plupart du temps, c’est autre chose :

  • la peur de perdre la face,
  • l’impression d’être jugé en temps réel,
  • la sensation que la moindre hésitation devient énorme,
  • ou la croyance qu’il faudrait être fluide immédiatement.

Chez les adultes, cette peur est souvent plus forte qu’on ne l’imagine. Parce qu’ils ne craignent pas seulement de “mal parler”. Ils craignent de paraître moins solides qu’ils ne le sont dans leur vrai métier.

Ce qu’un bon atelier doit réellement entraîner

Si l’on prend au sérieux cette dimension-là, l’objectif change.

Il ne s’agit plus seulement d’apprendre à produire une belle parole. Il s’agit d’apprendre à récupérer quand quelque chose décroche.

Une bonne formation à la prise de parole devrait donc faire travailler au moins quatre choses :

  • entrer en scène sans vouloir être parfait,
  • supporter un blanc sans paniquer,
  • reprendre le fil après une erreur,
  • et transformer son attention au public.

Le basculement se produit souvent quand le participant comprend que l’audience n’attend pas une performance lisse. Elle attend surtout quelqu’un de présent, lisible, suffisamment stable pour continuer même si tout n’est pas parfait.

On apprend en petit avant d’apprendre en grand

Le problème de beaucoup d’exercices, c’est qu’ils exposent trop fort, trop vite. On demande à quelqu’un de “faire un pitch” devant tout le groupe alors qu’il n’a pas encore trouvé sa respiration, son appui, ou même sa première phrase.

Sur ce sujet, la progressivité change tout.

On peut commencer beaucoup plus simplement :

  • parler trente secondes à une seule personne,
  • refaire la même chose debout,
  • reprendre sans notes,
  • recommencer après une interruption,
  • ou raconter une anecdote concrète plutôt qu’un discours abstrait.

Cette montée progressive ressemble à un entraînement. Et c’est bien ce que c’est. La prise de parole n’est pas un talent magique. C’est une compétence de récupération, de présence et de répétition.

Le public n’est pas ton ennemi

Il y a aussi une croyance tenace : celle d’un public hostile, prêt à repérer la moindre faille. En réalité, ce fantasme est souvent beaucoup plus violent dans la tête de l’orateur que dans la salle.

La plupart des gens veulent comprendre. Ils veulent suivre. Ils veulent que quelqu’un les aide à entrer dans un sujet. Ils ne demandent pas une perfection scénique. Ils demandent une relation tenable.

C’est pour cela qu’un intervenant vivant, légèrement imparfait mais habité, marque souvent plus qu’un discours impeccable et mort.

Ce qu’il reste quand la technique a fait son travail

À la fin, la prise de parole ne consiste pas à effacer le trac. Elle consiste à ne plus lui obéir entièrement.

Le trac peut rester. La voix peut bouger un peu. Une phrase peut sortir moins bien.

Mais si la personne tient, reprend, continue, alors quelque chose se transforme : elle ne cherche plus à paraître sans faille. Elle commence à parler depuis un endroit plus vrai.

Et c’est souvent là que l’on écoute vraiment.

Question ouverte : quand tu prends la parole, qu’est-ce que tu essaies le plus de protéger : ton message, ou ton image ?

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