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L’apprentissage des adultes : quand la vie devient la meilleure des écoles

2023-05-17Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Chez l’adulte, l’expérience n’est pas un décor de formation. C’est souvent la matière première la plus utile, à condition de savoir la faire travailler.

L’apprentissage des adultes : quand la vie devient la meilleure des écoles

« Ça, je l’ai déjà vécu. »

La phrase surgit souvent plus tôt qu’on ne le croit. Parfois après dix minutes. Parfois dès le tour de table. Un participant reconnaît une situation, complète un exemple, contredit un modèle trop théorique ou raconte un épisode de terrain qui déplace immédiatement la discussion.

Si tu formes des adultes, tu ne pars jamais de zéro. Tu arrives dans une pièce où chacun porte déjà un métier, des habitudes, des réussites, des erreurs, des réflexes, parfois des cicatrices. C’est précisément pour ça que l’apprentissage des adultes ne fonctionne pas comme celui de l’école. La vie a déjà commencé le travail.

L’adulte n’arrive jamais vierge

Un adulte ne vient pas seulement avec un cerveau disponible. Il vient avec un passé professionnel, une manière de juger ce qui est utile, une mémoire des situations déjà traversées. Cette expérience peut être un appui considérable, parce qu’elle permet de raccrocher immédiatement une idée à quelque chose de vécu.

Quand un manager entend parler de feedback, il ne découvre pas juste un concept. Il revoit une conversation ratée. Quand une vendeuse travaille la posture client, elle repense à une scène précise au comptoir. Quand un technicien découvre une méthode d’analyse, il la compare mentalement à ce qu’il fait déjà.

Autrement dit : l’adulte apprend rarement hors sol. Il apprend par mise en relation.

L’expérience ne vaut que si elle travaille

Il y a pourtant un piège. Beaucoup de formations valorisent l’expérience de manière décorative. On demande aux participants de raconter un peu leur parcours, on fait circuler deux anecdotes, puis on revient au déroulé prévu. L’expérience a été saluée, mais elle n’a rien transformé.

Pour qu’elle devienne un levier réel, il faut la faire travailler.

Cela suppose de poser des questions plus exigeantes :

  • Qu’est-ce que tu as déjà essayé ?
  • Qu’est-ce qui a coincé, exactement ?
  • Qu’est-ce qui marchait dans ce contexte-là, mais pas dans celui-ci ?
  • Qu’est-ce que cette nouvelle idée vient confirmer, déplacer ou contredire ?

À ce moment-là, la formation cesse d’être un apport extérieur. Elle devient un lieu de relecture du réel.

Le vrai risque : confondre expérience et fermeture

L’autre erreur fréquente consiste à croire que l’expérience rend automatiquement apprenant. Ce n’est pas vrai. L’expérience peut ouvrir. Elle peut aussi rigidifier. Plus quelqu’un a d’habitudes, plus il peut avoir du mal à laisser entrer autre chose.

On le voit quand une personne traduit tout immédiatement dans ses anciennes catégories. Quand elle écoute uniquement pour vérifier qu’elle savait déjà. Quand elle transforme chaque apport en confirmation de son système plutôt qu’en occasion de déplacer son regard.

L’enjeu, pour le formateur, n’est donc pas de flatter l’expérience. Il est de créer les conditions pour qu’elle soit interrogée.

Ce que cela change pour le formateur

Former des adultes, ce n’est pas déverser un savoir dans des têtes vides. C’est organiser une rencontre entre un cadre de travail et une matière déjà vivante.

Cela change beaucoup de choses :

  • tu pars des situations avant de partir des concepts ;
  • tu aides à comparer, pas seulement à comprendre ;
  • tu fais une place au vécu, sans le laisser gouverner tout le reste ;
  • tu construis des séquences où les participants peuvent tester, reformuler, traduire.

Quand c’est bien fait, la salle change de nature. On n’est plus devant un groupe qui reçoit une formation. On est dans un espace où chacun réordonne une partie de son expérience pour mieux agir ensuite.

Le temps long compte plus que l’effet immédiat

Chez l’adulte, l’apprentissage profond ne se mesure pas seulement à ce qui a été compris sur le moment. Il se mesure à ce qui revient trois jours plus tard, dans une réunion, dans un entretien, dans une tension concrète.

Une bonne formation ne se contente pas d’être claire. Elle redonne des prises dans le réel. Elle permet à quelqu’un de relire différemment une scène qu’il croyait déjà connaître.

C’est souvent là que la vie devient vraiment la meilleure des écoles : non pas parce qu’elle suffirait à tout enseigner seule, mais parce qu’elle donne à chaque apprentissage une matière sur laquelle s’ancrer.

Dans tes formations, est-ce que l’expérience des participants reste un préambule poli, ou est-ce qu’elle devient vraiment la matière du travail ?

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