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L’apprenant adulte, ou l’art de devenir maître de sa formation

2023-05-18Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Un adulte s’engage vraiment dans une formation quand il comprend ce qu’il vient chercher, ce qu’il va pouvoir tester, et la part qu’on lui laisse pour s’approprier le travail.

L’apprenant adulte, ou l’art de devenir maître de sa formation

« Concrètement, on repart avec quoi ? »

La question arrive parfois avant même le premier exercice. Elle n’est ni brutale ni impatiente. Elle est lucide. Un adulte veut savoir à quoi sert le temps qu’il est en train de donner.

C’est souvent là que se joue la suite. Si la formation répond par un programme, elle rassure à moitié. Si elle répond par une transformation concrète, elle commence à engager.

L’apprenant adulte ne cherche pas seulement à suivre un parcours. Il cherche à comprendre ce qu’il va pouvoir en faire.

L’autonomie n’est pas un bonus

On présente souvent l’autonomie de l’adulte comme une qualité personnelle, presque morale. En réalité, c’est surtout une donnée pédagogique.

Un adulte arrive avec ses contraintes, ses priorités, son rapport au temps, ses critères d’utilité. Il fait rapidement le tri entre ce qui lui paraît transférable et ce qui lui semble décoratif. Si le cadre reste flou, il décroche. Pas forcément physiquement. Mais intérieurement.

À l’inverse, quand il comprend clairement :

  • pourquoi il est là ;
  • ce qu’il va apprendre à mieux faire ;
  • ce qu’on attend de lui ;
  • ce qu’il pourra tester ensuite ;

il devient beaucoup plus disponible.

L’autonomie ne veut pas dire qu’il veut faire seul. Elle veut dire qu’il a besoin de pouvoir situer sa place dans le travail.

Devenir maître de sa formation ne veut pas dire tout piloter

Il y a un malentendu fréquent autour de l’apprentissage adulte. On imagine parfois que respecter l’autonomie consiste à laisser chacun naviguer comme il veut. En pratique, cela produit souvent l’effet inverse : plus personne ne sait où regarder.

Un adulte a besoin de liberté, oui. Mais à l’intérieur d’un cadre lisible.

Il faut donc tenir les deux en même temps :

  • un cap clair ;
  • une marge d’appropriation réelle.

Le formateur qui cadre trop étroitement infantilise. Celui qui laisse tout ouvert abandonne. Le bon point d’équilibre se situe souvent dans une structure simple, exigeante, mais respirable.

Participer, ce n’est pas parler pour parler

On surestime parfois la participation visible. Faire parler le groupe ne suffit pas à rendre les apprenants acteurs. Un adulte peut intervenir beaucoup et très peu apprendre. Il peut aussi parler peu et travailler énormément, à condition que le cadre l’y aide.

La vraie participation se voit ailleurs :

  • dans la manière dont quelqu’un reformule un problème ;
  • dans la qualité d’une question posée au bon moment ;
  • dans un essai plus juste pendant une mise en situation ;
  • dans un déplacement de regard sur une situation connue.

Autrement dit, participer, ce n’est pas occuper l’espace. C’est se mettre réellement au travail.

Ce que le formateur doit accepter de lâcher

Former des adultes demande aussi un déplacement du côté du formateur. Tu ne peux pas vouloir tout maîtriser : le rythme exact de chacun, la façon dont il reliera le contenu à son contexte, les résistances qu’il faudra traverser.

Tu peux en revanche rendre certaines choses possibles :

  • poser un contrat de départ clair ;
  • nommer les objectifs sans emphase ;
  • prévoir des situations d’application crédibles ;
  • laisser de la place aux questions qui déplacent le déroulé ;
  • aider chacun à repartir avec une traduction concrète.

Le rôle du formateur n’est pas de remplir. Il est d’équiper.

Ce que change vraiment une bonne formation

Quand un adulte devient maître de sa formation, ce n’est pas parce qu’il s’est motivé. C’est parce qu’il a trouvé un espace où il peut relier ce qu’il vit, ce qu’il comprend et ce qu’il va tenter ensuite.

À ce moment-là, la formation cesse d’être un passage obligé. Elle devient un point d’appui.

Et c’est souvent à ça qu’on reconnaît une séquence juste : les participants ne repartent pas seulement avec des notes. Ils repartent avec une manière plus nette de regarder leur propre pratique.

Dans tes dispositifs, est-ce que l’apprenant adulte est seulement invité à suivre, ou est-ce qu’il a réellement de quoi s’approprier le travail ?

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