Carnet d’expérience
Retour

Immersion dans le management participatif : quand deux têtes valent mieux qu’une

2023-07-03Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Le management participatif ne consiste pas à demander l’avis de tout le monde sur tout. Il consiste à organiser une vraie contribution sans dissoudre la décision.

Immersion dans le management participatif : quand deux têtes valent mieux qu’une

« Vous en pensez quoi ? »

La question semble participative. Elle ne l’est pas toujours.

Dans certaines réunions, elle ouvre un espace réel de contribution. Dans d’autres, elle produit seulement un flottement : personne ne sait ce qui est vraiment discutable, ni ce qui sera fait de ce qui vient d’être dit.

Le management participatif commence rarement par le désir de “faire participer”. Il commence par une autre exigence : mieux décider avec l’intelligence du terrain, sans perdre le cap.

Participer ne veut pas dire cogérer en permanence

Le premier malentendu est là. Beaucoup de personnes imaginent le management participatif comme un régime où tout se discute, tout se vote, tout se construit à plusieurs.

En réalité, un management participatif solide sait distinguer :

  • ce qui relève de l’information ;
  • ce qui relève de la consultation ;
  • ce qui relève de la co-construction ;
  • ce qui relève de la décision finale du manager.

Quand cette frontière n’est pas claire, la participation devient vite décevante. Les équipes parlent, mais ne savent pas à quoi elles contribuent réellement.

Ce que ce style cherche à obtenir

Dans sa version la plus juste, ce management vise plusieurs effets utiles :

  • une meilleure lecture du réel ;
  • des décisions plus robustes ;
  • un engagement plus fort dans l’exécution ;
  • une responsabilité mieux distribuée.

Il ne repose donc pas sur une idée généreuse du collectif. Il repose sur une hypothèse très concrète : on agit mieux quand ceux qui vivent le travail peuvent contribuer à le penser.

Le risque inverse : produire du bavardage

Le participatif devient fragile quand il se réduit à un climat. Une équipe peut avoir le sentiment qu’on l’écoute, tout en restant peu claire sur ce qui avance vraiment.

Les signes sont connus :

  • des réunions longues ;
  • beaucoup d’idées, peu d’arbitrages ;
  • une volonté d’inclure tout le monde, mais une difficulté à conclure ;
  • un manager qui croit partager le pouvoir alors qu’il reporte surtout la décision.

Le participatif ne vaut que s’il transforme la parole en travail exploitable.

Ce qu’un formateur devrait faire travailler

Former au management participatif ne consiste pas seulement à encourager l’expression. Il faut entraîner autre chose :

  • cadrer un espace de contribution ;
  • poser une bonne question ;
  • reformuler sans récupérer ;
  • arbitrer sans trahir ce qui a été entendu ;
  • conclure clairement.

La compétence n’est pas “faire parler”. La compétence est “faire contribuer utilement”.

Deux indicateurs plus utiles que l’ambiance

On évalue souvent ce style à partir du climat : est-ce que les gens se sentent écoutés ? C’est important, mais insuffisant.

Deux autres questions comptent au moins autant :

  • la contribution améliore-t-elle vraiment la décision ?
  • les personnes savent-elles ce qui a été retenu, écarté ou transformé ?

Sans cela, le participatif peut produire une forme d’usure. Les équipes donnent, mais ne voient pas l’effet de ce qu’elles donnent.

La place exacte du manager

Le manager participatif n’est ni un animateur neutre, ni un chef qui se retire. Il tient une position plus exigeante :

  • il ouvre un espace ;
  • il cadre les règles du jeu ;
  • il écoute suffisamment pour déplacer sa lecture ;
  • puis il assume la décision.

C’est cette dernière partie qui manque souvent. On parle volontiers de participation. On oublie que le style ne tient que si quelqu’un assume ensuite de dire : voilà ce qu’on fait, et voilà pourquoi.

Ce qu’il faut vérifier en premier

Quand une organisation dit vouloir aller vers plus de participatif, la bonne question n’est peut-être pas “comment faire parler davantage les équipes ?”

La bonne question est peut-être : savons-nous déjà dire clairement ce qui est ouvert à la contribution, et ce qui ne l’est pas ?

Sans cette clarté, le participatif devient une promesse floue. Avec elle, il peut redevenir une vraie méthode de travail.

Dans les espaces que tu accompagnes, la participation produit-elle de la meilleure décision… ou seulement une impression plus douce de réunion ?

LinkedInX