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Le formateur à la conquête du management par objectifs

2023-07-17Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Le management par objectifs n’a rien d’une obsession pour les chiffres quand il est bien tenu. Il sert surtout à rendre une attente explicite, suivable et discutable.

Le formateur à la conquête du management par objectifs

« À la fin, je veux savoir ce qui aura bougé. »

La phrase ne vient pas d’un obsédé du tableur. Elle vient souvent d’un manager qui a déjà vu passer trop de formations agréables, bien notées, puis presque impossibles à relier au travail réel.

Quand cette demande apparaît, on parle en général de management par objectifs. Non pas comme doctrine abstraite, mais comme besoin très concret de clarifier ce qu’on attend, ce qu’on regarde, et ce qu’on considère comme un progrès.

Le problème, c’est que ce style est souvent caricaturé. On le réduit à des KPI, à des primes ou à une culture du résultat un peu froide. En réalité, il répond d’abord à une question plus simple : comment éviter que chacun reparte avec sa propre définition de la réussite ?

Ce que ce style essaie de sécuriser

Le management par objectifs cherche à produire quatre choses :

  • une cible compréhensible ;
  • un horizon de temps ;
  • des critères de suivi ;
  • un point de discussion commun entre manager et collaborateur.

Autrement dit, il essaie de rendre le travail pilotable.

Dans certaines organisations, c’est salutaire. Beaucoup d’équipes ne souffrent pas d’un excès d’objectifs. Elles souffrent d’objectifs vagues, mouvants, contradictoires, ou jamais repris une fois annoncés.

Ce qui fonctionne quand le cadre est bien posé

Quand le management par objectifs est bien utilisé, il évite plusieurs dérives classiques :

  • les consignes qui changent sans être reformulées ;
  • les évaluations fondées sur de l’impression ;
  • les efforts invisibles parce que rien n’a été défini au départ ;
  • les malentendus sur ce que veut dire « bien faire ».

Il donne aussi un avantage souvent sous-estimé : il rend la discussion plus juste. On ne parle plus seulement de ressenti ou d’intuition. On peut revenir à quelque chose de nommé, formulé, suivi.

Ce qui se dégrade quand il devient mécanique

Le problème apparaît quand l’objectif prend toute la place et remplace l’intelligence du travail.

On le reconnaît vite :

  • les indicateurs deviennent plus importants que ce qu’ils sont censés représenter ;
  • chacun optimise son chiffre plutôt que la qualité du résultat ;
  • les objectifs sont empilés sans arbitrage ;
  • le dialogue disparaît derrière le reporting.

À ce moment-là, le management par objectifs cesse d’éclairer l’action. Il la rétrécit.

Ce qu’une formation utile doit travailler

Former sur ce style ne consiste pas à expliquer ce qu’est un objectif SMART sur un diaporama. Cela ne suffit plus depuis longtemps.

Une formation utile doit plutôt aider les managers à faire trois choses :

  • transformer une intention floue en objectif observable ;
  • distinguer un indicateur utile d’un indicateur décoratif ;
  • installer un rythme de suivi qui serve à ajuster, pas seulement à contrôler.

Le vrai enjeu n’est pas de produire plus de mesures. C’est de produire de meilleures conversations autour du travail.

Le rôle du formateur dans ce contexte

Le formateur a ici une fonction assez précise : remettre de la méthode là où l’organisation confond souvent exigence et pression.

Il peut aider à poser les bonnes questions :

  • qu’est-ce qu’on attend vraiment ?
  • comment saura-t-on que cela progresse ?
  • qu’est-ce qui dépend de la personne, du contexte, ou du système ?
  • que fera-t-on si l’objectif n’est pas atteint ?

Tant que ces questions ne sont pas posées, l’objectif reste un affichage. Une fois posées, il devient un outil de pilotage.

Ce qui mérite vraiment d’être évalué

Dans ce type de management, une formation ne devrait pas être jugée d’abord sur la satisfaction immédiate.

Il faut plutôt regarder :

  • si les objectifs sont mieux formulés ;
  • si les suivis deviennent plus réguliers et plus utiles ;
  • si les écarts sont discutés plus tôt ;
  • si les collaborateurs comprennent mieux sur quoi ils sont attendus.

Ce sont des signes modestes, mais beaucoup plus fiables qu’un enthousiasme de fin de session.

Là où tout se joue

Le management par objectifs n’est pas intéressant parce qu’il met la performance au centre. Beaucoup de styles managériaux le font déjà.

Il devient intéressant quand il permet d’éviter l’arbitraire et de rendre le travail plus lisible pour tout le monde.

La vraie question n’est donc peut-être pas : faut-il plus ou moins d’objectifs ?

Elle est plutôt : les objectifs que tu vois dans les organisations servent-ils réellement à faire progresser le travail, ou servent-ils surtout à habiller le pilotage ?

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