Carnet d’expérience
Retour

Management serviteur : comment le formateur peut soutenir ce leader altruiste

2023-07-17Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Le management serviteur n’est pas une gentillesse diffuse. C’est une manière exigeante de faire tenir les conditions de travail, la progression et la confiance sans se retirer du pilotage.

Management serviteur : comment le formateur peut soutenir ce leader altruiste

« De quoi as-tu besoin pour bien faire ton travail ? »

Quand cette question est posée sérieusement, elle change beaucoup de choses.

Elle déplace le regard. Le manager n’est plus seulement celui qui fixe des objectifs, vérifie l’avancement ou recadre les écarts. Il devient aussi celui qui regarde les obstacles, les points d’appui, les conditions de réussite.

C’est souvent là qu’on entre dans ce qu’on appelle le management serviteur.

Le terme peut faire lever les yeux au ciel, parce qu’il a souvent été vidé de sa substance. On y entend parfois un mélange de bienveillance, de disponibilité permanente et de discours sur l’humain. Mais sur le terrain, le sujet est plus solide que ça.

Servir ne veut pas dire s’effacer

Le management serviteur ne consiste pas à tout accepter, à tout porter ou à dire oui à tout le monde.

Il consiste à considérer que la première responsabilité du manager est de rendre le travail possible dans de bonnes conditions.

Concrètement, cela veut dire :

  • lever des blocages ;
  • clarifier les attentes ;
  • protéger les priorités ;
  • faire grandir les personnes ;
  • aider l’équipe à tenir dans la durée.

Le service n’est donc pas une posture molle. C’est une forme d’exigence orientée vers le soutien plutôt que vers la domination.

Ce que ce style produit quand il tient bien

Dans sa version la plus juste, ce style a plusieurs effets très précieux :

  • les collaborateurs osent plus facilement signaler un point de friction ;
  • les problèmes remontent avant de devenir des impasses ;
  • l’autonomie progresse parce que les personnes se sentent soutenues ;
  • la confiance ne repose pas seulement sur le discours, mais sur des actes répétés.

Ce n’est pas spectaculaire. C’est souvent même assez discret. Mais dans une équipe, cette discrétion change le climat de travail.

Le risque classique : confondre soutien et sauvetage

Comme beaucoup de styles apparemment vertueux, le management serviteur se dégrade quand il est mal compris.

Le manager veut aider, alors il absorbe tout. Il veut être disponible, alors il n’arbitre plus. Il veut protéger l’équipe, alors il filtre trop et finit par épuiser tout le monde, lui compris.

À ce moment-là, le service devient compensation.

On ne développe plus l’équipe, on la porte. On ne sécurise plus le cadre, on amortit en silence tous les dysfonctionnements du système.

Ce qu’une formation devrait vraiment travailler

Former à ce style ne consiste pas à encourager l’empathie de manière générale. Cela reste trop flou.

Une formation utile devrait aider les managers à travailler des gestes beaucoup plus précis :

  • écouter sans répondre trop vite ;
  • distinguer un besoin réel d’une demande de décharge ;
  • soutenir sans reprendre la main sur le travail de l’autre ;
  • poser des limites sans casser la confiance ;
  • transformer un irritant récurrent en sujet d’organisation.

Autrement dit, il faut former à la qualité du soutien, pas seulement à l’intention de soutenir.

Ce que le formateur peut rendre visible

Le rôle du formateur, ici, est souvent de nommer ce que les équipes ressentent sans toujours savoir l’expliquer.

Par exemple :

  • quand un manager aide vraiment, qu’est-ce qu’il fait concrètement ?
  • à quel moment l’aide devient-elle intrusion ?
  • comment reconnaît-on une équipe soutenue plutôt qu’assistée ?
  • qu’est-ce qui relève du style du manager, et qu’est-ce qui relève d’un système mal conçu ?

Ces nuances comptent énormément. Elles évitent de transformer le management serviteur en simple argument moral.

Comment lire ses effets

On évalue mal ce style quand on ne regarde que l’ambiance générale.

Il vaut mieux observer des signes plus tangibles :

  • les collaborateurs demandent-ils plus tôt de l’aide utile ?
  • les tensions sont-elles traitées avant de se cristalliser ?
  • les personnes progressent-elles réellement dans leur autonomie ?
  • les obstacles systémiques sont-ils nommés puis travaillés ?

Quand ces éléments bougent, on voit que le management serviteur agit sur le réel, pas seulement sur le climat.

Ce qu’il faut garder en tête

Un manager serviteur ne cherche pas à être aimé. Il cherche à créer un environnement où le travail peut être fait proprement, où les personnes peuvent grandir, et où les difficultés ne sont pas laissées à la charge silencieuse de chacun.

Dans beaucoup d’organisations, c’est déjà considérable.

La vraie question est peut-être celle-ci : quand tu rencontres un manager qui “aide beaucoup”, vois-tu un vrai travail de soutien… ou une manière élégante de compenser un système qui tient mal ?

LinkedInX