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Trouver l’équilibre entre théorie et pratique en formation

2023-08-21Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

L’enjeu n’est pas de faire moitié théorie, moitié pratique. L’enjeu est de donner juste assez de cadre pour comprendre, puis juste assez de mise en situation pour transformer cette compréhension en capacité réelle.

Trouver l’équilibre entre théorie et pratique en formation

« C’est très clair. Mais lundi, on fait comment ? »

Quand cette question arrive, elle fait gagner du temps.

Elle révèle immédiatement ce qui manque dans beaucoup de formations : non pas du contenu, mais le pont entre le contenu et la situation réelle. On a compris l’idée, parfois même on l’approuve, mais on ne voit pas encore comment elle se traduira dans le travail.

C’est tout le sujet de l’équilibre entre théorie et pratique.

Le faux débat

On parle souvent de cet équilibre comme s’il fallait répartir équitablement le temps :

  • un peu de concepts ;
  • un peu d’exercices ;
  • puis le compte serait bon.

En réalité, le sujet n’est pas quantitatif. Il est fonctionnel.

La vraie question est : de quoi les personnes ont-elles besoin, à ce moment-là, pour comprendre puis agir ?

Parfois il faut commencer par un cadre théorique net pour éviter de pratiquer à vide. Parfois il faut au contraire partir d’une situation concrète, puis remonter vers le concept. Ce n’est pas une affaire de proportion fixe. C’est une affaire de séquence juste.

Ce que la théorie apporte quand elle est bien utilisée

La théorie a mauvaise presse quand elle est abstraite, longue et coupée du réel. Pourtant, elle reste indispensable.

Elle permet :

  • de nommer ce qu’on observe ;
  • de donner un cadre de lecture ;
  • de relier plusieurs situations entre elles ;
  • de comprendre pourquoi une pratique fonctionne ou échoue.

Sans ce niveau de compréhension, la pratique reste parfois seulement imitative. On sait refaire un geste, mais on ne sait pas encore l’adapter.

Ce que la pratique révèle que la théorie ne montre pas

La pratique, elle, fait apparaître autre chose :

  • les hésitations ;
  • les automatismes ;
  • les écarts entre ce qu’on croit avoir compris et ce qu’on sait faire ;
  • les détails concrets qui compliquent l’application.

Elle oblige à descendre du principe au réel.

C’est souvent à cet endroit que la formation devient utile. Non quand les idées sont belles, mais quand elles rencontrent la résistance d’une situation, d’un rythme, d’un interlocuteur, d’une contrainte.

Ce qui fait rater l’équilibre

Deux écueils reviennent souvent.

Le premier : trop de théorie, trop tôt. La salle comprend globalement, mais décroche parce qu’elle ne voit pas encore où poser les concepts.

Le second : trop de pratique sans grille de lecture. On fait des mises en situation, des jeux, des cas, mais sans donner aux participants de quoi relire ce qu’ils viennent de vivre.

Dans les deux cas, quelque chose manque :

  • soit le sens ;
  • soit le transfert.

Ce qu’un bon enchaînement produit

Une formation tient souvent mieux quand elle alterne quatre mouvements simples :

  • montrer une situation ;
  • donner un cadre pour la lire ;
  • faire essayer ;
  • relire ce qui s’est passé.

C’est cette boucle qui transforme peu à peu une information en compétence.

La théorie éclaire. La pratique éprouve. Le débrief consolide.

Sans ce troisième temps, beaucoup d’exercices restent de simples parenthèses.

Le rôle du formateur

Le formateur ne doit pas choisir entre être “très concret” ou “très structuré”. Son rôle consiste à faire circuler les personnes entre ces deux dimensions.

Il doit se demander :

  • qu’est-ce qu’ils doivent absolument comprendre ?
  • qu’est-ce qu’ils doivent absolument essayer ?
  • à quel moment faut-il ralentir pour mettre des mots ?
  • à quel moment faut-il arrêter d’expliquer et laisser faire ?

Cette lecture fine vaut plus qu’un plan de formation parfaitement symétrique.

Un bon repère de conception

Si tu veux tester l’équilibre de ton dispositif, une question simple suffit souvent :

après cette séquence, la personne saura-t-elle seulement répéter ce que tu as dit, ou saura-t-elle faire quelque chose de plus dans sa propre situation ?

Si elle peut réciter sans agir, il manque de la pratique. Si elle agit sans comprendre ce qu’elle fait, il manque de la théorie.

Ce qu’il faut viser

Le bon équilibre n’est pas une moyenne. C’est une tension productive.

Assez de théorie pour éviter la superficialité. Assez de pratique pour éviter l’abstraction. Assez de reprise pour que l’une et l’autre se rencontrent vraiment.

Dans tes formations, qu’est-ce qui manque le plus souvent : des concepts qui éclairent… ou des situations qui permettent enfin de les éprouver ?

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