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Surmonter la peur de l’inconnu : transformer l’incertitude en moteur d’apprentissage

2023-08-31Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

La peur de l’inconnu apparaît souvent avant même l’entrée en formation. Elle diminue quand le chemin devient lisible, progressif, accompagné et suffisamment concret pour ne plus ressembler à un saut dans le vide.

Surmonter la peur de l’inconnu : transformer l’incertitude en moteur d’apprentissage

« Et si je n’y arrivais pas ? »

La phrase est rarement dite comme ça.

Elle se cache plus souvent derrière d’autres formulations :

  • « Je ne suis pas très à l’aise avec ça. »
  • « Ce n’est pas trop mon truc. »
  • « On verra plus tard. »
  • « Je préfère rester sur ce que je maîtrise. »

Sous ces phrases, on retrouve souvent la même peur : celle d’entrer dans quelque chose dont on ne voit ni les contours, ni les attentes, ni la possibilité de réussite.

L’inconnu fait rarement peur tout seul

Ce qui inquiète n’est pas seulement la nouveauté. C’est ce que cette nouveauté pourrait révéler.

Par exemple :

  • une compétence devenue insuffisante ;
  • un décalage avec les autres ;
  • une perte de légitimité ;
  • la peur de ralentir ;
  • le sentiment de redevenir débutant.

Le changement fait peur quand il expose.

Et la formation, paradoxalement, peut renforcer cette peur si elle donne l’impression de mettre chacun face à ce qu’il ne sait pas encore faire, sans cadre suffisamment protecteur.

Ce qui aggrave cette peur

Plusieurs éléments la rendent plus forte :

  • un discours trop vague sur ce qui va changer ;
  • une montée en charge brutale ;
  • des attentes implicites ;
  • un dispositif perçu comme évaluatif avant d’être aidant ;
  • l’absence de droit à l’essai.

À ce moment-là, l’inconnu ne ressemble plus à une possibilité. Il ressemble à un risque.

Ce qui apaise vraiment

On réduit rarement la peur de l’inconnu par de simples injonctions à la confiance.

Ce qui aide vraiment, c’est de rendre le chemin plus lisible.

Par exemple :

  • expliquer clairement ce qui va être travaillé ;
  • montrer à quoi ressemblera la progression ;
  • découper l’apprentissage en étapes absorbables ;
  • donner des repères de réussite intermédiaires ;
  • rendre normal le fait de ne pas savoir encore.

L’incertitude ne disparaît pas complètement, mais elle devient traversable.

Le rôle décisif du premier pas

Dans beaucoup de situations, tout se joue dans l’entrée.

Si le premier contact avec la nouveauté est trop brutal, la peur se rigidifie. Si le premier pas est accessible, l’expérience peut basculer.

C’est pourquoi les mises en situation progressives, les exercices simples mais réels, les démonstrations claires ou le tutorat de proximité sont souvent plus efficaces qu’un grand discours rassurant.

Il faut permettre une petite réussite rapide. Pas pour flatter. Pour reconfigurer le rapport à l’inconnu.

Le rôle du collectif

La peur recule aussi quand elle cesse d’être vécue seul.

Voir que d’autres hésitent, tâtonnent, posent des questions, réessayent, permet de sortir de la honte silencieuse du “je devrais déjà savoir”.

Le collectif devient alors un amortisseur :

  • il normalise l’apprentissage ;
  • il partage les essais ;
  • il évite la dramatisation des écarts ;
  • il remet du mouvement là où chacun se croyait seul face au changement.

Ce qu’un formateur devrait éviter

Il vaut mieux éviter :

  • de survaloriser la nouveauté comme si tout le monde devait s’en réjouir ;
  • de ridiculiser les hésitations ;
  • de projeter trop vite les personnes dans un niveau d’autonomie qu’elles n’ont pas encore ;
  • de confondre progression et mise sous pression.

La peur de l’inconnu ne se dissout pas dans l’enthousiasme du formateur. Elle diminue quand la personne perçoit qu’elle peut avancer sans se perdre.

Le vrai enjeu

Transformer l’incertitude en moteur d’apprentissage ne signifie pas faire aimer l’inconnu pour lui-même.

Cela signifie créer des conditions où l’inconnu cesse d’être une menace opaque pour devenir un espace où l’on peut progressivement reprendre prise.

Quand quelqu’un résiste à une nouveauté, cherches-tu à le rassurer avec des mots… ou à rendre le passage suffisamment concret pour qu’il ose réellement s’y engager ?

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