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De l’apprentissage à l’adaptation : une réflexion sur les méthodologies agiles et Scrum

2023-09-10Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

L’intérêt de l’agilité ne réside pas dans la fidélité au rituel. Il réside dans la capacité à apprendre plus vite du réel, à corriger sans s’épuiser, et à garder l’esprit de la méthode même quand la forme doit bouger.

De l’apprentissage à l’adaptation : une réflexion sur les méthodologies agiles et Scrum

« Ce n’est pas agile si on change tout tous les deux jours. »

La phrase peut paraître paradoxale. Elle est pourtant essentielle.

On associe souvent l’agilité à la flexibilité permanente, à la capacité de tout remettre en question, à l’adaptation continue. Mais sur le terrain, une équipe qui change sans cesse de priorité, de méthode ou de rythme n’est pas forcément agile. Elle peut aussi être simplement mal pilotée.

C’est en découvrant plus sérieusement Scrum et les méthodologies agiles que cette nuance m’a frappé.

Ce que l’agilité apporte de précieux

L’agilité n’est pas d’abord une collection de rituels. C’est une discipline de lecture du réel.

Elle repose sur quelques idées très robustes :

  • avancer par séquences lisibles ;
  • rendre les priorités explicites ;
  • tester plutôt que supposer ;
  • revoir vite ce qui ne fonctionne pas ;
  • apprendre en marchant sans perdre le cap.

Ce que j’y retrouve, c’est moins une recette qu’une manière de travailler : ne pas attendre que tout soit parfait pour agir, mais ne pas agir non plus sans créer des boucles de retour.

Ce qu’on dénature facilement

L’agile est devenu un mot très chargé.

Dans certaines organisations, il sert à dire :

  • qu’il faut aller vite ;
  • qu’il faut accepter l’incertitude ;
  • qu’il faut être adaptable ;
  • qu’il faut arrêter de trop planifier.

Tout cela peut être vrai. Mais sorti de son cadre, le mot finit parfois par justifier :

  • une priorisation instable ;
  • des interruptions permanentes ;
  • des changements de direction mal arbitrés ;
  • une fatigue structurelle recouverte d’un vernis moderne.

Autrement dit, on garde le vocabulaire de l’agilité tout en perdant sa rigueur.

Scrum n’est utile que si l’on comprend ce qu’il cherche à produire

Les rituels Scrum ne valent pas pour eux-mêmes.

Ils servent normalement à :

  • clarifier ce qui sera tenté sur une période courte ;
  • rendre visible l’avancement ;
  • faire émerger les blocages ;
  • relire ce qui a été appris ;
  • améliorer la façon de travailler, pas seulement le résultat final.

Si ces effets n’existent pas, la méthode peut être respectée à la lettre et rester malgré tout peu utile.

Le sujet n’est donc pas : applique-t-on Scrum correctement ?

Le sujet est plutôt : apprenons-nous réellement plus vite du travail en cours ?

Pourquoi cette logique me parle aussi en formation

Dans la conception pédagogique, je retrouve la même nécessité.

Un programme trop figé ignore souvent ce que les participants montrent en avançant :

  • ce qu’ils comprennent plus lentement que prévu ;
  • ce qu’ils font déjà bien ;
  • ce qui résiste davantage ;
  • ce qui mérite d’être approfondi ou simplifié.

Penser la formation avec un esprit agile, ce n’est pas transformer chaque parcours en laboratoire instable. C’est accepter de concevoir, tester, relire, corriger, puis rejouer.

Autrement dit, la méthode sert moins à faire moderne qu’à rester au contact de ce que le réel demande.

L’erreur la plus courante : choisir entre pureté et bricolage

On oppose parfois deux camps :

  • ceux qui veulent appliquer la méthode “comme il faut” ;
  • ceux qui l’adaptent librement au terrain.

Cette opposition m’intéresse peu si elle reste théorique.

Une méthode totalement déformée finit par perdre son intérêt. Une méthode appliquée sans intelligence du contexte finit par rigidifier ce qu’elle devait aider.

La bonne question n’est pas de savoir s’il faut être pur ou pragmatique. La bonne question est de savoir ce qu’on adapte sans perdre le cœur de la méthode.

Ce qu’il faut garder

Peu importe l’habillage exact, si l’on veut rester fidèle à l’esprit agile, il faut au moins préserver :

  • un cap lisible ;
  • un rythme de révision ;
  • une remontée honnête des obstacles ;
  • une capacité à arbitrer ;
  • une boucle d’apprentissage réelle.

Sans cela, l’adaptation devient du flottement.

Le vrai intérêt

Ce qui me semble le plus fort dans l’agilité, ce n’est pas la promesse de rapidité. C’est la promesse d’une correction plus lucide.

On avance. On regarde ce que cela produit. On ajuste. Et l’on améliore non seulement ce que l’on fait, mais aussi la manière dont on le fait.

Dans ton travail, quand tu parles d’agilité, cherches-tu à adopter une méthode… ou cherches-tu vraiment à apprendre plus vite de ce que le réel te renvoie ?

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