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L’apprentissage chez l’adulte : un voyage entre tâches, problèmes et éclats de rire

2023-05-19Laurent Guyonnet — Carnet d’expérience

Chez l’adulte, on apprend mieux à partir d’un problème à résoudre que d’un contenu à admirer. Le rire, lui, aide parfois à faire baisser la pression pour que le travail commence.

L’apprentissage chez l’adulte : un voyage entre tâches, problèmes et éclats de rire

Le moment où la salle se met à rire

Un exercice vient de rater. La consigne n’a pas été comprise comme prévu, deux participants partent dans une autre direction, un troisième relève l’absurdité de la situation et la salle éclate de rire.

Vu de l’extérieur, on pourrait croire à une séquence qui déraille. En réalité, c’est souvent à cet instant que quelque chose devient intéressant. La pression baisse. Les défenses tombent un peu. Le groupe accepte plus facilement de regarder ce qui n’a pas marché.

Chez l’adulte, on n’apprend pas seulement avec des contenus. On apprend beaucoup avec des situations qui résistent.

L’adulte écoute pour agir

Un enfant peut apprendre longtemps par anticipation. Un adulte, beaucoup moins. Il supporte mal qu’on lui demande d’accumuler des notions dont il ne voit ni l’usage ni le contexte.

Cela ne veut pas dire qu’il rejette la théorie. Cela veut dire qu’il la juge très vite à partir d’une question simple : qu’est-ce que ça va m’aider à faire, à comprendre ou à éviter ?

Quand tu formes des adultes, tu travailles donc presque toujours avec cette tension :

  • ils veulent comprendre ;
  • mais ils veulent surtout savoir quoi en faire.

Une notion abstraite peut intéresser. Un problème concret, lui, mobilise.

Un problème vaut souvent mieux qu’un chapitre

L’apprentissage adulte devient plus dense quand il part d’un cas, d’un incident, d’un arbitrage, d’un blocage réel. Pas parce que le réel serait plus vivant par principe, mais parce qu’il oblige à choisir, hiérarchiser, interpréter.

Tu peux faire un exposé complet sur la communication d’équipe. Ou tu peux partir d’un échange raté entre un manager et un collaborateur, puis demander : qu’est-ce qui s’est joué ici ? Qu’est-ce qui a été dit ? Qu’est-ce qui a été évité ? Qu’est-ce qu’on aurait pu formuler autrement ?

Dans le deuxième cas, le groupe se met à penser. Pas seulement à écouter.

Le rire n’est pas une animation, c’est un signal

Le rire a mauvaise réputation dans certains cadres de formation. On craint qu’il disperse, qu’il abaisse le niveau, qu’il détourne du sérieux. C’est souvent l’inverse.

Bien utilisé, il signale plusieurs choses utiles :

  • une tension qui se relâche ;
  • une erreur qu’on peut regarder sans humiliation ;
  • un groupe qui commence à se sentir suffisamment en sécurité pour penser ensemble.

Le rire ne remplace évidemment pas le travail. Mais il aide parfois à rendre le travail supportable. Il ouvre une brèche dans la crispation.

On retient mieux ce qu’on a réellement traversé que ce qu’on a seulement entendu.

Ce que les méthodes non conventionnelles ont de vrai

On parle beaucoup de méthodes alternatives, ludiques ou décalées. Le sujet n’est pas de rendre la formation originale pour elle-même. Le sujet est de produire de l’engagement cognitif.

Une analogie bien trouvée, une mise en situation imparfaite mais juste, une reformulation imagée, un détour par un exemple inattendu : tout cela peut aider, à condition que ce ne soit pas un habillage vide.

Le vrai critère n’est pas de savoir si c’est amusant. Le vrai critère est : est-ce que ça aide à mieux voir le problème, à mieux l’explorer, à mieux mémoriser ce qui compte ?

L’erreur comme matière, pas comme accident

Beaucoup d’adultes arrivent en formation avec une relation tendue à l’erreur. Ils veulent bien apprendre, mais ils veulent éviter de paraître maladroits. Plus leur position professionnelle est exposée, plus cette tension peut être forte.

Le rôle du formateur consiste alors à déplacer le statut de l’erreur. Non pas l’excuser systématiquement, ni la dramatiser, mais la traiter comme une information utile.

Quand une erreur devient analysable, elle redevient formatrice. Quand elle reste seulement embarrassante, elle fige.

Ce qu’une bonne séquence doit provoquer

Une bonne séquence pour adultes ne devrait pas seulement transmettre une idée. Elle devrait produire un mouvement : un problème mieux vu, une hypothèse reformulée, une pratique testée, un réflexe remis en cause.

Le contenu compte, bien sûr. Mais le contenu seul ne suffit pas. Il faut une prise. Une tâche. Une décision. Un point de friction. Quelque chose qui oblige à sortir du simple acquiescement.

C’est souvent comme ça que l’apprentissage devient mémorable : quand une idée s’accroche à un problème traversé ensemble, parfois avec sérieux, parfois avec un éclat de rire au bon moment.

Dans tes formations, est-ce que les adultes ont surtout des choses à écouter, ou de vrais problèmes à travailler ?

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