Ce que Ted Lasso nous apprend sans nous faire la leçon · 2026-09-08
Ted Lasso : ce que le divertissement peut nous transmettre
Et si une série pouvait nous apprendre à mieux observer le management, les relations et le changement sans jamais prendre la forme d'un manuel ? À Richmond, les principes se découvrent d'abord dans les situations.

Il arrive qu'une série nous fasse rire, qu'on s'attache à ses personnages, qu'on attende l'épisode suivant et qu'on en cite quelques répliques entre amis. Et puis il arrive qu'elle laisse autre chose : une phrase qui revient quelques jours plus tard, une situation qui ressemble étrangement à quelque chose que l'on vit au travail, un personnage que l'on jugeait agaçant et que l'on finit par comprendre, une décision qui semblait évidente et qui, soudain, ne l'est plus autant.
Ted Lasso fait partie de ces séries.
À première vue, l'histoire tient presque de la comédie improbable : un entraîneur de football américain débarque en Angleterre pour prendre la tête d'un club de Premier League alors qu'il ne connaît pratiquement rien au football. Tout semble réuni pour raconter l'histoire d'un homme qui n'est pas à sa place.
Et pourtant. Très vite, le football devient presque secondaire. Ce qui se joue à Richmond concerne la confiance, l'ego, l'écoute, l'échec, le besoin de reconnaissance, le collectif, la vulnérabilité, le pardon, l'exigence ou encore notre capacité à changer. La série ne nous présente pas ces sujets sous forme de concepts.
Elle nous les fait vivre.
Apprendre sans avoir l'impression d'apprendre
C'est peut-être là que Ted Lasso devient particulièrement intéressant. Un livre de management peut nous expliquer qu'il faut éviter de juger trop rapidement quelqu'un. La série, elle, nous installe dans un pub face à Rupert et Ted, une paire de fléchettes à la main, et elle nous laisse observer.
Rupert pense connaître Ted. Il l'a catégorisé. Il est tellement certain de son jugement qu'il ne cherche jamais à savoir ce que l'autre sait réellement faire.
Puis Ted prononce quelques mots :
"Be curious, not judgmental."
Soyez curieux avant de juger.
La phrase est mémorable. Pourtant, ce n'est probablement pas elle qui nous apprend le plus. C'est la scène.
Nous avons vu ce que produit l'absence de curiosité, et peut-être avons-nous fait exactement la même erreur que Rupert depuis le début de la série. Nous aussi avons pu prendre Ted pour cet Américain excessivement optimiste, un peu naïf, qui ne connaît même pas les règles du sport qu'il est censé entraîner. La série vient alors de faire quelque chose qu'un principe écrit dans un manuel réalise beaucoup plus difficilement : elle nous a placés à l'intérieur du biais avant de nous permettre de le reconnaître.
Des personnages plutôt que des modèles
C'est aussi pour cela qu'il serait dommage de transformer Ted Lasso en catalogue de bonnes pratiques. Ted n'a pas toujours raison. Sa bienveillance peut devenir une manière d'éviter certaines confrontations, son optimisme ne l'empêche pas de souffrir, et sa capacité à prendre soin des autres ne signifie pas qu'il sache toujours prendre soin de lui-même. C'est précisément ce qui rend la série intéressante.
Jamie nous permet d'observer ce qui se passe lorsque le talent individuel doit apprendre à exister dans un collectif. Rebecca interroge notre rapport au pouvoir, à la confiance et à la vulnérabilité. Roy montre que l'exigence peut cohabiter avec l'attention portée aux autres — et qu'elle peut aussi basculer dans la brutalité. Nate nous confronte à quelque chose de beaucoup moins confortable : ce que peut devenir un besoin de reconnaissance lorsqu'il s'accumule, n'est pas formulé et finit par se transformer en ressentiment. Higgins, Keeley, Sam, Beard ou Sharon apportent encore d'autres façons de regarder les mêmes situations.
Personne n'est seulement là pour représenter une « bonne pratique ». Ils essayent, ils réussissent, ils se trompent, ils blessent parfois, ils apprennent, ils recommencent. Comme dans une équipe. Comme dans la vie.
Quand une histoire devient un terrain d'expérience
C'est ce qui m'intéresse dans cette série d'articles. Pas chercher les quinze règles de management de Ted Lasso. Encore moins transformer les répliques de la série en citations inspirantes sorties de leur contexte.
Je voudrais faire exactement l'inverse : revenir aux situations, observer ce qui se passe avant la phrase devenue célèbre, ce qui arrive ensuite, ce que les personnages comprennent — ou ne comprennent pas encore — et ce que cela peut nous apprendre sur nos propres manières de travailler, d'accompagner ou simplement d'être en relation avec les autres.
Car une fiction possède quelque chose qu'un concept n'a pas toujours : du contexte, des émotions, des conséquences et du temps. Nous ne lisons pas que quelqu'un change. Nous le regardons changer. Et c'est peut-être pour cela que certaines scènes restent avec nous longtemps après le générique.
Ce que Richmond va nous permettre d'explorer
Au fil de cette série, nous allons donc retourner à Richmond. Pas pour y chercher des recettes. Pour observer.
Nous commencerons par cette invitation devenue emblématique : être curieux avant de juger. Nous verrons pourquoi une fonction, un résultat ou une première impression ne suffisent jamais à résumer une personne. Nous nous demanderons ensuite ce que signifie réellement écouter quelqu'un sans chercher immédiatement à résoudre son problème, et comment la confiance se construit moins par les déclarations que par l'accumulation de petits actes cohérents.
Nous regarderons ce qui permet à une équipe de dire ce qui ne va pas, de contredire, d'avouer une difficulté ou une erreur sans que cette parole devienne immédiatement dangereuse. Nous rencontrerons aussi une tension qui traverse toute la série : comment être exigeant sans diminuer l'autre ? Puis viendra une autre question, essentielle pour quiconque accompagne, forme ou manage : faut-il chercher à devenir indispensable, ou au contraire faire grandir les autres jusqu'à ce qu'ils puissent avancer sans nous ?
Nous parlerons d'erreur et de cette étrange invitation à "be a goldfish", de responsabilité, d'excuses et de secondes chances, d'empathie et de limites, de valeurs que l'on peut facilement afficher sur un mur — jusqu'au jour où une décision nous oblige à vérifier si nous sommes réellement prêts à les vivre. Nous regarderons ce qui arrive lorsqu'une équipe attend son héros, et ce qui devient possible lorsqu'elle comprend que personne ne gagne seul. Nous nous demanderons comment évoluer sans devenir quelqu'un d'autre, et comment une contrainte peut parfois nous obliger à regarder autrement une situation que nous pensions bloquée.
Et nous terminerons par une question qui résume peut-être mieux que toutes les autres le parcours de Ted à Richmond : que reste-t-il lorsque le leader s'en va ? Des résultats ? Des souvenirs ? Ou des personnes devenues capables de continuer sans lui ?
Quinze principes vont émerger de ces situations. Ils parleront de management, bien sûr, mais également de formation, d'accompagnement, de changement, de relations et parfois simplement de nous-mêmes. Avec, à chaque fois, la même précaution : regarder aussi l'autre côté du principe.
Car être curieux ne dispense pas de décider. Être bienveillant ne signifie pas renoncer à l'exigence. Pardonner n'efface pas la responsabilité. Donner de l'autonomie ne signifie pas supprimer le cadre. Persévérer n'interdit pas de reconnaître qu'il est parfois temps de changer de direction.
C'est peut-être finalement ce que Ted Lasso réussit particulièrement bien. La série ne nous dit pas seulement quoi penser.
Elle nous donne des situations dans lesquelles apprendre à penser.
Et si le véritable intérêt de ces histoires n'était pas de nous fournir des réponses, mais de nous aider à poser de meilleures questions sur notre manière de travailler, d'accompagner et de grandir ensemble ?
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